Sport In Luxembourg

Seuil de lactate : pourquoi montres, formules et laboratoire donnent des zones différentes

31.10.2026 · 7 min de lecture

L’essentiel en 30 secondes

  • Une nouvelle revue systématique a inclus 70 études sur la course et constaté une grande hétérogénéité des définitions, des protocoles et des méthodes de référence.
  • Le MLSS, l’IAT et l’OBLA décrivent une zone d’intensité voisine, mais ne sont pas des mesures interchangeables du LT2.
  • Une zone calculée par une montre est une estimation utile, pas une mesure directe d’un seuil physiologique.
  • Pour suivre ses progrès, il importe davantage de répéter le même protocole que de comparer des chiffres obtenus par des méthodes différentes.

Pourquoi un coureur a besoin du seuil de lactate

Presque tous les programmes de course répartissent l’intensité en zones : facile, modérée, seuil, fractionné. Les limites entre elles sont souvent liées aux seuils de lactate. L’idée est simple : en dessous d’une certaine vitesse, l’organisme gère le lactate ; au-dessus, il commence à s’accumuler plus vite et courir de façon soutenue devient de plus en plus difficile. Connaître cette limite aide à choisir l’allure des séances longues et à juger si les jours faciles ne sont pas trop durs.

Le problème est que le « seuil de lactate » n’a pas de définition unique. Ce nom recouvre des critères, des protocoles et des modes de calcul différents — et c’est précisément ce qu’a examiné la nouvelle revue.

Ce que sont le LT1 et le LT2

Lors d’un test par paliers, la vitesse de course est augmentée à intervalles égaux, et entre les paliers on prélève une goutte de sang pour mesurer le lactate. Sa concentration reste d’abord relativement stable, puis commence à augmenter nettement. Le premier seuil de lactate, LT1, est associé à la première hausse durable au-dessus du niveau de base. Le second, LT2, correspond à une intensité plus élevée au-delà de laquelle l’accumulation de lactate s’accélère et où un état d’équilibre prolongé devient de moins en moins probable.

Ce ne sont pas deux « interrupteurs » parfaitement nets. Le résultat dépend de la durée des paliers, de la vitesse d’augmentation de la charge, du lieu et du moment du prélèvement sanguin, du critère mathématique et de l’état du sportif : entraînement récent, alimentation, fatigue.

Pourquoi les méthodes donnent des chiffres différents

La revue de Lu et ses collègues a classé les méthodes en méthodes de mesure, de calcul et de prédiction. Le LT1 a été déterminé par la première hausse, un point d’inflexion, une concentration fixe ou un écart par rapport à la valeur de base. Pour le LT2, plusieurs critères ont été utilisés :

  • l’état d’équilibre maximal du lactate (MLSS) — la charge la plus élevée à laquelle le lactate n’augmente pas encore sans limite ;
  • le seuil anaérobie individuel (IAT), calculé d’après la forme de la courbe d’une personne donnée ;
  • le repère fixe de 4 mmol/L — OBLA ;
  • d’autres critères mathématiques.

Le MLSS exige plusieurs tests longs à charge constante, répartis sur des jours différents, et reste bien lié, sur le plan physiologique, à la stabilité du métabolisme. Mais ses protocoles eux-mêmes diffèrent, c’est pourquoi la revue n’a évalué la confiance que comme modérée. L’OBLA est plus simple, mais des 4 mmol/L identiques ignorent la forme individuelle de la courbe : chez l’un, la hausse brusque du lactate peut commencer avant ce repère, chez l’autre après. L’IAT est individualisé, mais existe en plusieurs variantes de calcul.

Montres, formules et modèles prédictifs

Les montres de sport ne prélèvent pas de sang. Elles estiment le seuil d’après l’allure, la fréquence cardiaque, la variabilité de la fréquence cardiaque ou les résultats de courses passées. Ces estimations relèvent des modèles prédictifs — et la qualité de leur validation s’est révélée un point faible de la revue.

Parmi les 18 études qui développaient des modèles prédictifs, le risque de biais méthodologique était élevé dans tous les cas ; parmi 23 études de modèles ou d’appareils, le risque global était élevé dans 65,2 % des cas. Cela ne signifie pas que les montres sont inutiles. Cela signifie que la précision d’une formule donnée ne peut pas être transposée à toute population et à tout protocole : une formule qui fonctionnait bien chez un groupe de coureurs dans un laboratoire peut se tromper chez un autre.

Comment lire ces informations

Lorsque vous voyez « seuil à 4:30 au kilomètre » dans le rapport de votre montre ou d’un laboratoire, trois questions sont utiles. Par quelle méthode ce chiffre a-t-il été obtenu — MLSS, IAT, 4 mmol/L fixes ou formule ? Quel protocole a été utilisé — longueur des paliers, incrément de vitesse, type de piste ou de tapis ? Le chiffre est-il reproductible — deux tests avec le même protocole donnent-ils un résultat proche ? Sans réponses, comparer deux seuils obtenus de manières différentes revient à comparer des températures sur des échelles différentes.

Portée pratique

Pour l’entraînement quotidien, les zones calculées peuvent constituer un point de départ commode. Il vaut mieux les associer à l’allure, à la fréquence cardiaque, à l’effort perçu et à la capacité de parler. Un test en laboratoire est utile lorsqu’une décision exige vraiment plus de précision — par exemple la préparation d’une course précise — mais son résultat doit toujours être lu avec le nom de la méthode.

Lors d’une nouvelle évaluation, utilisez des conditions comparables : même protocole, préparation similaire, même matériel et même méthode de calcul. Un écart entre deux méthodes ne signifie pas forcément une baisse ou une hausse de forme.

Ce que la revue ne montre pas

La revue ne dit pas quelle méthode est « la meilleure » en pratique et ne fournit pas de correction universelle entre les méthodes. Elle n’évalue pas si l’entraînement selon des zones calculées de différentes manières améliore les résultats en compétition. Elle est consacrée précisément à la méthodologie de détermination des seuils en course à pied — ses résultats ne se transposent pas automatiquement à d’autres sports.

Quelle est la solidité des preuves

La force de la revue est d’avoir systématisé 70 études couvrant plusieurs décennies. Sa principale faiblesse est aussi sa principale conclusion : les définitions, les références et les procédures d’analyse diffèrent trop pour une correction universelle unique. L’enregistrement PROSPERO a été rétrospectif — effectué après le début de la recherche et du tri.

Conclusion de Sport in Luxembourg

Une zone d’entraînement est un modèle de la réalité, pas la réalité elle-même. Le MLSS paraît la référence la mieux fondée sur le plan physiologique parmi les critères de LT2 examinés, mais ce n’est pas un « étalon-or » infaillible. Les montres ne se trompent pas forcément ; elles fournissent une estimation dont la précision dépend de la formule et de l’utilisateur.

Sources
  1. Lu et al. (2026) — Methodological evolution in the assessment of first and second lactate…
  2. Faude et al. (2009) — Lactate threshold concepts: how valid are they?
  3. Binder et al. (2008) — Methodological approach to the first and second lactate threshold in…

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